Lâcher prise

 

La concertation régulière avec son enseignant et surtout ses parents est alors primordiale car il  faut :

  • comprendre les résistances
  • faciliter les prises d’initiative
  • adapter le niveau d’exigence
  • accepter le changement de comportement : Laura prend en effet confiance en elle, s’affirme à la maison. Elle délaisse le discours destiné à plaire pour des réponses plus personnelles, vécues pour un temps comme une tentative d’agression envers l’autre.

Nous sommes au mois de mars et le départ au collège, reconnu comme passage délicat, arrive à grands pas.

Les adultes craignent  tout d’abord des déboires liés à l’encadrement allégé, la rupture avec l’environnement familier, énoncés par Daniel Thin et Mathias Millet.

Laura ira en effet au collège sans groupe d’appartenance. Nous savons que l’entrée dans le secondaire et un des pics de fréquence du refus scolaire.

La tentation est grande d’aller vite, de réintégrer la jeune fille au sein de sa classe.

C’est une erreur pourtant. C’est en effet quand la souffrance de l’enfant va être reconnue de tous, qu’elle va évoluer positivement. Nous acceptons alors de lâcher prise et de nous donner du temps.

Horloges représentant la pression du temps

Début d’amélioration

Image représentant le cheminement d'une personne

C’est ainsi que Laura accepte de se rendre au conseil de classe, auquel je participe également avec le Directeur de l’école.

Camille ose demander : « Et comment peut-on réagir lorsqu’on nous oblige à faire quelque chose ? ».  Elle évoque sans  dénoncer le garçon concerné, les pressions pour réaliser ses dessins de poésie.

Les adultes présents se positionnent alors comme des personnes ressources de confiance, disposées à tout mettre en œuvre pour assurer la sécurité des élèves au sein de l’établissement.

Nous proposons également des jeux de rôle à l’ensemble de la classe afin d’apprendre à défendre leurs intérêts et d’éviter de dire oui à tout.

Laura participe ensuite à une vente de gâteaux devant sa classe avec cinq autres filles. Elle prend également part aux activités de sécurité routière.

Elle se rend aussi à une sortie de classe, accompagnée de sa grande sœur. Contente au départ, elle doit encore subir la remarque désobligeante d’un élève : « Elle ne vient jamais en cours et elle va quand même aux sorties ». Cela engendre encore les pleurs de Laura.

Elle éprouve néanmoins l’envie de se lever le matin et reprend une activité extérieure.

Elle débute également un suivi avec le pédopsychiatre, qu’elle arrête rapidement.

Soucieuse d’apaiser les relations, la mère de Laura organise une sortie à laquelle Tristan est invité avec d’autres camarades. La jeune fille ne comprend alors pas la sensibilité de sa maman envers ce garçon, dont elle dit qu’il est gêné par sa petite taille. Selon elle, il blesse ses pairs, avant d’être agressé lui-même.

Envisager la situation du point de vue de l’autre est difficile pour Laura, mais aussi pour  Tristan qui se plaint des regards insistants de la jeune fille à son égard. Il ne les rapproche alors pas des peurs de nouvelles agressions, ce qu’une meilleure position empathique pourrait faciliter. 

Passage au collège

L’année scolaire suivante, Laura parvient à franchir la grille du collège.

Certains matins, les angoisses qui génèrent une sudation odorante et excessive, l’empêchent encore de sortir de la voiture de sa mère. Celle-ci redouble de créativité, trouve des solutions au fur et à mesure des évènements. Ainsi, elle propose à un collégien proche de leur domicile de le véhiculer en début de journée. Cela permet de passer le cap difficile de l’entrée au collège.

Laura devient amie pour un temps avec deux filles très affirmées de sa classe, qui promènent un rat mort dans la cour. Elles lui servent de bouclier protecteur, mais tentent de l’influencer négativement.

Laura s’en éloigne, rencontre ensuite Ingrid lors du passage en 5ème, avec laquelle elle entretient ensuite des liens d’amitié.

Ses habiletés sociales continuent à être mises à rude épreuve :

Sa mère doit encore une fois intervenir auprès d’employés de la ville. Ils flattent en effet maladroitement le physique de Laura à l’entrée du collège. Elle est alors déstabilisée et prostrée.

Laura croise à nouveau Tristan, ancien harceleur de l’école. Son parcours scolaire chaotique l’amène pour quelques mois au collège de Laura, dont il est ensuite renvoyé. Elle choisit alors de ne pas le croiser pour éviter toute nouvelle agression.

Image représentant un passage délicat

Passage au lycée

Boussole représentant les stratégies

Arrivée au lycée, Laura doit aussi faire face aux remarques négatives récurrentes d’un ancien élève de primaire : « Alors Laura, ça va mieux ? Tu te souviens quand tu ne venais pas à l’école en CM2 ? ». A ses copines curieuses d’explications Laura leur répond à la manière du perroquet cité plus haut « c’est mon histoire »,  » ça me regarde « . Sa réaction sur un ton calme modère l’escalade des critiques, mais n’arrête pas les attaques du lycéen. Elle met alors en œuvre d’autres stratégies, l’ignore, évite les groupes où il est présent.

Laura vient ensuite en aide à une fille de sa classe, isolée et mal à l’aise, en créant un groupe de protection avec d’autres camarades. Le regroupement fait en effet partie des  stratégies pour neutraliser les menaces des agresseurs, nous dit Gilles Roberts. Il souligne que les poissons s’organisent en banc pour lutter contre les prédateurs.

Laura a donc réussi à mettre en œuvre  des moyens pour faire face aux épisodes relationnels difficiles, tant à l’école primaire, qu’au collège et au lycée.

Sa famille a continué à l’étayer, ses déplacements en autonomie vers les établissements se sont en effet mis en place progressivement.

La qualité de l’alliance avec ses parents et le personnel des écoles a permis d’éviter l’écueil d’une déscolarisation complète redoutée.

Icône ronde et bleue, avec l'inscription A propos de l'auteure, une page jaune et le logo de information

 

Isabelle Louati est psychologue et autrice du blog Au fil des pensées : entre expériences et réflexions d’une psychologue.

Elle travaille sur la compréhension des dynamiques scolaires et l’accompagnement des enfants confrontés au harcèlement ou aux conflits relationnels.

icone d'une mini bibliothèque

Pour aller plus loin : harcèlement et parcours scolaire

 

Ruptures scolaires

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Le livre Ruptures scolaires de Daniel Thin et Mathias Millet analyse les causes multiples du décrochage chez des collégiens en difficulté. Il met en lumière, d’une part,  les déterminants individuels et relationnels.

D’autre part, il souligne l’interaction complexe entre les conditions sociales, familiales et scolaires dans la construction de ces ruptures.

Soigner la timidité chez l'enfant

La timidité pathologique chez l’enfant et l’adolescent peut freiner les interactions sociales et le développement de l’estime de soi.

Pour y répondre, Soigner la timidité chez l’enfant et l’adolescent de Gisèle George et Luis Vera  propose une approche comportementale et cognitive.

L’ouvrage présente un programme structuré en 12 séances. Destiné aux professionnels de la santé mentale et de l’éducation, il offre des repères concrets pour accompagner les jeunes avec bienveillance et efficacité.

Manuel de thérapie cognitive et comportementale

Le manuel de thérapie comportementale et cognitive, dirigé par Bertrand Samuel-Lajeunesse, propose d’abord une synthèse complète des fondements de cette approche.

Ensuite, il en présente les applications pratiques, illustrées dans divers contextes cliniques.

Conçu comme outil de référence, il s’adresse aux professionnels souhaitant approfondir leur compréhension et leur pratique des TCC.