Illustration symbolique d’un enfant observant un banc de poissons, représentant les différentes façons de trouver sa place dans un groupe sans se perdre

TROISIEME PARTIE

Cet article s’inscrit dans une série consacrée aux relations entre enfants à l’école.

Les tensions entre enfants à l’école sont fréquentes et peuvent prendre des formes variées, allant de simples désaccords à des situations d’exclusion plus marquées.

Dans ces moments, les dynamiques de groupe jouent un rôle central : elles peuvent soutenir, intégrer, mais aussi mettre à l’écart, influençant la place de chacun dans le collectif et son sentiment de sécurité émotionnelle.

À travers l’image du banc de poissons, cet article propose d’explorer ces dynamiques collectives, entre appartenance, ajustement et tensions relationnelles.

Il suffit en effet parfois de quelques secondes.
Un mot lancé dans une cour de récréation.
Un rire qui suit.
Et déjà, le groupe bouge.
Certains avancent avec lui.
D’autres hésitent.
Comme dans un banc de poissons, le mouvement semble évident.
Mais pour un enfant, trouver sa place ne va pas toujours de soi.

Rester avec les autres… sans se perdre.

Ces ajustements ne sont pas toujours visibles.
Ils se jouent dans des moments très ordinaires : une récréation, un échange, un jeu.
C’est souvent là que tout commence.

L’effet “banc de poissons” : trouver sa place dans le groupe à l’école sans se perdre

Banc de poissons laissant apparaître un espace lumineux avec un poisson à distance, illustrant la manière dont un enfant peut trouver sa place dans un groupe sans se perdre

À l’école, les groupes d’enfants ne sont pas figés.
Ils se forment, se transforment, se déplacent, parfois très rapidement.

L’image du banc de poissons permet de mieux comprendre ces mouvements : des ajustements permanents, une coordination apparente, mais aussi des changements de position qui peuvent être difficiles à suivre pour certains enfants.

Dans ces dynamiques, trouver sa place ne va pas toujours de soi. Elle peut évoluer, se fragiliser ou devenir incertaine selon les moments et les interactions.

Quand le groupe décide

Sami, CM2

Micro posé au sol dans une cour de récréation, symbolisant un jeu de clash et les dynamiques de groupe entre enfants
Dans la cour, depuis quelque temps, un jeu s’installe.
Ils appellent ça une “battle de clash”.

Une phrase. Puis une autre. Les rires fusent.

Sami observe d’abord. Puis il tente, lui aussi.
Une vanne, un peu maladroite.

Les autres rient.
Mais ce n’est pas un rire qui accueille.
C’est un rire qui juge.

Quelques jours plus tard, c’est lui qu’on appelle.
Cette fois, on reprend sa façon de parler. On déforme un mot.

Sami sent quelque chose monter.
Il voudrait répondre. Mais rien ne vient.

Alors il reste là un instant. Puis il s’éloigne.
Et derrière lui, les rires continuent.

Dans ce type de situation, le groupe ne dit pas explicitement qui est à sa place.
Mais il le fait sentir. Par les rires. Par les réactions. Par moments, par le silence.

Dans ces moments-là, pour un enfant, trouver sa place dans un groupe ne va pas toujours de soi.
Répondre ne suffit pas toujours.
Parfois même, répondre expose davantage.

Alors certains enfants font autrement.
Ils ajustent ce qu’ils donnent d’eux-mêmes.

Choisir ce que l’on donne

Jenna, 6ème

Stratégie de la miette – choisir ce que l’on donne

Dans la cour, certaines histoires circulent sans s’arrêter.

Qui s’est disputé avec qui.
Qui ne parle plus à qui.

Jenna est concernée.
Pourtant, elle ne raconte pas.

Non pas parce qu’elle ne sait pas,
mais parce qu’elle choisit.

D’abord, Louise insiste.
Par messages.
Puis en face.

“Explique-moi.”
“Elle t’a fait quoi ?”

Jenna répond peu.

“Je préfère prendre de la distance.”
Puis : “Je ne veux pas en parler.”

Mais l’autre insiste encore.

Alors Jenna ajuste.

Elle donne quelque chose.

“Elle a jeté mon sac dans l’eau.”

“Ça, je le savais déjà. Quoi d’autre ?”

Jenna ajoute encore un peu.

Mais cela ne suffit pas.

Alors, elle s’arrête là.

Et peu à peu, elle s’éloigne.

Dans ces moments-là, pour un enfant, trouver sa place dans un groupe ne passe pas toujours par le fait de tout dire.

Donner une miette permet parfois de rester en lien,
sans s’exposer entièrement.

Mais dans certains contextes, même cela devient insuffisant.

Car ce qui est donné peut appeler encore davantage.

Alors la question évolue :
il ne s’agit plus seulement de savoir combien dire,
mais de se demander s’il faut répondre.

Ne pas rentrer dans le jeu

Lina, 5ème

Téléphone posé écran éteint sur un cahier avec écouteurs, illustrant le fait de ne pas répondre pour trouver sa place dans un groupe
Dans le couloir, les mots circulent vite.

Des prénoms. Des phrases rapportées.

Lina est au milieu d’un conflit ancien.

Elle sait ce qui se dit. Et qui parle.

Pourtant, elle ne réagit pas.

Ce jour-là, une élève s’approche.

“T’es au courant que Maïssa, elle a dit ça sur toi ?”

Lina la regarde, un instant.

Puis elle répond :“Ah bon ? Non… j’étais pas au courant.”

Elle ne relance pas. Elle ne demande pas.
Et surtout, elle n’entre pas.

Parce que, pour trouver sa place dans un groupe, répondre ne protège pas toujours.

Alors elle reste là, sans s’engager davantage.
Puis elle s’éloigne.

Ne pas répondre ne signifie pas ne pas comprendre.

C’est parfois reconnaître ce qui se joue, sans l’alimenter.

Une manière de rester présente, tout en gardant la maîtrise de ce que l’on engage.

Mais ne pas entrer dans l’échange ne suffit pas toujours. Parce que la place dans le groupe peut, elle, rester la même.

Alors certains enfants vont plus loin.
lls ne cherchent plus seulement à répondre…Ils changent de cadre.

Changer de place

Jules, CM1

Sac d’école posé à l’écart sur une table avec terrain de jeu en arrière-plan, illustrant le fait de changer de place pour trouver sa place dans un groupe

À chaque récréation, il se dirige vers le terrain où l’on joue au foot.

Il attend. Puis il joue.

Et très vite, les remarques arrivent. « Tu ne sais pas dribbler. “Tu rates tout.”

Alors Jules s’énerve.
Il crie. Il proteste.

Et peu à peu, les autres s’éloignent. “On ne veut plus jouer avec toi.”

Un jour, il décide de faire autrement. Il vient avec un ballon.

Mais cette fois, il ne va pas vers le groupe.
Il s’installe à côté. Il s’entraîne à dribbler seul.

Au début, c’est hésitant.
Puis les gestes deviennent plus sûrs. Et surtout, le calme revient.

Parce que, pour trouver sa place dans un groupe, il ne s’agit pas toujours d’y entrer directement.
Parfois, il faut d’abord créer un autre espace.

Et un jour, deux enfants s’approchent.“On peut jouer avec toi ?”

Changer de place ne signifie pas quitter le groupe.
C’est parfois la condition pour y revenir autrement.

En créant un espace à soi, l’enfant retrouve une forme de maîtrise, et ouvre la possibilité d’un lien plus apaisé.

Trouver sa place dans un groupe : entre ajustement et protection

Dans un groupe, les places ne sont jamais totalement fixes. Elles se dessinent, se déplacent, se redéfinissent au fil des interactions.

Certains enfants répondent. D’autres filtrent.
Certains choisissent de ne pas entrer.
Et parfois, ils changent d’espace.

Pour trouver leur place dans un groupe, il ne s’agit pas toujours de faire plus,
mais de faire autrement.

Ajuster. Se protéger. Observer.

Et peu à peu, construire une manière d’être avec les autres…sans se perdre.

Ces ajustements ne sont pas anodins.

Ils s’inscrivent dans le développement de compétences plus larges, notamment liées à l’intelligence émotionnelle.​​

Couverture de la revue L'aquarium à la maison n°142, utilisée pour illustrer les groupes d'appartenance et bancs de poissons
Couverture du livre La cour de récréation, ressources mobilisée pour éclairer la notion de groupes d'appartenance à l'école

Trouver sa place dans un groupe, ce n’est pas seulement y entrer. C’est aussi apprendre à s’y ajuster, sans se perdre.

Dans la même série : comprendre les relations entre enfants à l’école

→ Lire la 1ère partie : L’effet « Banc de poissons à l’école : se regrouper pour s’intégrer et se protéger.


→ Lire la 2ème  partie : L’effet « Banc de poissons : quand le groupe crée tensions et résistances.


→ Lire la 3ème partie : Tensions entre enfants à l’école : comprendre les dynamiques de groupe.