Salle de classe lumineuse

Version audio Premier épisode

par Sabrina AMMOUCHE

Quand l’établissement scolaire devient insécurisant !

Laura est une bonne élève de CM2. Elle semble bien intégrée socialement et a des amies depuis plusieurs années.

Nous sommes en septembre et quelques garçons la mettent  mal à l’aise.

C’est par exemple le cas de Sacha qui a déjà jeté son dévolu sur plusieurs filles de la classe. Il lui déclare sa flamme de manière pressante : il se poste près des porte-manteaux au moment de la récréation, lui dit « Laura je t’aime » ou sollicite des bisous. Chaque matin, il rentre dans la classe en criant le prénom de la jeune fille.

De son côté, Tristan intimide régulièrement les filles de la classe. Il est décrit comme le chef de la bande des CM2. Après avoir commis une bêtise, il les bloque par exemple dans le petit hall en leur déclarant « si vous ne le dites pas au Maître, je vous laisse passer ». Laura et ses amies parviennent à s’extirper, « sauvées » par le passage d’autres enfants et adultes.

Lors de la photo de classe, Laura porte une jupe un peu  courte et  subit  ses railleries. Elle rapporte plus tard s’être énervée et avoir pleuré en classe.

Il lui devient insupportable d’assumer les moqueries, les intimidations décrites par Dan Olweus comme une « exposition à long terme à des actions négatives répétées de la part d’une ou plusieurs personnes ». L’établissement scolaire devient insécurisant pour Laura.

 

classe avec chaises

Un mois plus tard

Personne isolées et anxieuse sur une île

Nous sommes au mois d’octobre. Depuis une semaine, Laura ne parvient plus à rentrer en classe. Elle déclare que des maux de ventre invalidants ont débuté cinq minutes après la sonnerie et l’ont contrainte à rejoindre une autre classe. Elle ne parvient plus ensuite à retourner dans la sienne.

La situation de l’enfant laisse envisager un refus scolaire, avec des mécanismes de phobie sociale. Marie-France Heuzen et Marie-Christine Mouren évoquent à ce sujet les difficultés à se soumettre au contact des pairs comme des adultes, à supporter leur regard, critiques et moqueries.

Laura présente une peur persistante associée à d’autres situations sociales. Elle ne parvient plus à se rendre à la cantine du collège proche et faire une queue de trente minutes avec les autres CM2.

Elle ne continue plus également ses activités artistiques.

Les maux de tête et de ventre l’empêchent de s’endormir le soir et de s’alimenter. Ces signes associés à un état de fatigue permanent semblent correspondre à un des éléments d’un tableau dépressif.

Une prise en charge thérapeutique semble indiquée. L’enfant ne parvient cependant pas à sortir de la voiture de ses parents, qui honorent seuls les rendez-vous chez le pédopsychiatre dans un premier temps.

 

Prise en charge à l’école

 

C’est l’école qui va offrir le cadre contenant pour sortir de l’impasse et permettre de conserver le précieux lien social.

Laura accepte de venir à l’école pour me rencontrer une fois par semaine et rendre de petits services en maternelle.

Elle participe à l’accueil des petits, va également chercher des  élèves de cours préparatoire à l’étage.

Dans un premier temps, les entretiens individuels permettent de voir clair, mettre des mots, représenter par le dessin les situations qui créent le mal-être. Les entretiens sont également le lieu d’expression des peurs : celle de se ranger avec ses camarades, celle de ne pas savoir par exemple se défendre des agressions de Sacha. Elle évoque les cris du garçon qui scandent son prénom, ou ses tentatives répétées pour l’embrasser, vécues comme des agressions.

Il semble important d’outiller Laura, élève réservée et discrète, par le développement de ses compétences sociales. Elles contribuent à surmonter les situations très difficiles, observe  Fortin.

Avec Laura, nous soutenons la connaissance de soi qui peut influer positivement sur les interactions sociales, comme le stipule Nathalie Nader-Grobois. Nous recherchons les centres d’intérêts, les habitudes, ses envies. Laura revendique d’ailleurs de choisir ses activités extérieures seule, notamment le sport qu’elle ne veut pas collectif.

Le désir de retourner en classe va émerger. Il faut cependant accepter les silences, la fatigue récurrente de l’enfant, les régressions liées aux événements extérieurs. Elle doit encore supporter une remarque blessante de Tristan : « c’est de la comédie, nous aussi, on peut faire cela pour ne pas aller à l’école ».

A la maison, l’ambiance est lourde à table, Laura vit mal les échanges verbaux et se contente comme  maigre repas d’une pomme de terre découpée en petits morceaux.

Panneau croisée des chemins