Première partie

Le groupe d’appartenance à l’école joue un rôle essentiel dans la sécurité affective, l’intégration et le positionnement social des élèves. Dans la cour de récréation comme en classe, appartenir à un collectif n’est pas un simple confort : c’est une manière de se sentir protégé, reconnu, situé parmi les autres.

 

Neuf petits poissons tetras nagent ensemble dans le même sens, illustrant les groupes d'appartenance et bancs de poissons à l'école

À l’image des bancs de poissons, qui avancent ensemble pour économiser leur énergie et se protéger des dangers, les élèves tirent parti de la dynamique du groupe. Certains collectifs se forment naturellement au fil des années ; d’autres doivent être construits, parfois reconstruits. Comprendre cette organisation permet d’éclairer les tensions, les alliances et les repositionnements qui structurent la vie scolaire.

L’analogie du banc de poissons

(économie d’énergie, protection)

Les trois maillons de la chaîne symbolisent une appartenance forte au groupe et un positionnement social fondé sur la solidarité.

L’union fait la force : c’est ce qui est souvent écrit quand on questionne l’intérêt du banc de poissons.

Avoir un cercle de pairs reconnu, quand un enfant ou adolescent change d’établissement scolaire, est souvent un moyen de faciliter l’intégration. Le groupe d’appartenance à l’école devient alors un repère structurant dans un environnement nouveau.

Le groupe d’appartenance joue un rôle essentiel dans l’appartenance et le positionnement social. Le groupe d’appartenance à l’école permet d’avoir l’impression de se sentir en sécurité dans le nouveau lieu et de réduire le stress. Certains chercheurs du CNRS ont d’ailleurs montré que la dépense d’énergie est moindre quand les poissons nagent en banc.

Un cadre relationnel stable permet en effet aux élèves d’avoir une identité, d’être membre d’un collectif. Ce groupe d’appartenance à l’école offre le partage d’une même réalité, de mêmes valeurs ou de mêmes objectifs.

Malheureusement, trop de jeunes adultes racontent après coup leur calvaire, leur solitude à chaque récréation, repliés dans les toilettes de leur établissement. Sans compter les insultes dès que le professeur a le dos tourné en classe. Ils décrivent aussi le stress à chaque nouvelle rentrée scolaire parce qu’ils sont encore seuls, sans groupe d’appartenance à l’école pour les soutenir.

Aider à prendre conscience du groupe d’appartenance possible favorise l’accrochage scolaire pour deux élèves de 5ème. En début d’année scolaire, l’un pleure, exige de sa mère un courrier pour solliciter un changement de classe. L’autre fait l’école buissonnière et déambule dans les rues de la ville. Tous deux n’acceptent pas l’affectation de leur nouvelle classe, la comparent à celle de leur frère jumeau qui se retrouve avec plusieurs copains. Affronter la nouveauté et le changement leur est difficile. Identifier un groupe d’appartenance à l’école déjà existant ou en construction permet de clarifier les affinités et d’envisager des alliances possibles.

La dynamique du groupe d’appartenance à l’école: sécurité, entraide et transformations

Doigts représentant GOOD VIBES

L’association dans un groupe d’appartenance se fait d’ailleurs parfois sans vraiment beaucoup d’affinités au départ. Elle peut aussi se détériorer quand l’un ou l’autre des participants exprime sa différence. Le groupe d’appartenance à l’école n’est jamais figé : il évolue au gré des alliances, des tensions et des repositionnements.

« Good vibes », c’est le nom que Lise donne à son banc préféré, ce groupe mouvant mais sécurisant auquel elle appartient. Elle le retrouve le soir après les cours. Ce groupe de 14 personnes s’est constitué petit à petit, lors des années collège. On se donne rendez-vous dans un parc proche du domicile familial.

Lise évoque l’entraide au sein du groupe.

Elle s’y accroche d’autant plus que l’absence de groupe d’appartenance lors de son passage au lycée est problématique. L’absence de groupe d’appartenance à l’école fragilise alors son sentiment de sécurité. Lise évoque la pression d’une élève qu’elle parvient à éviter physiquement. Elle ne répond pas à ses provocations sur les réseaux sociaux mais a besoin de réassurance sur ses capacités à le faire.

Au fur et à mesure de l’année scolaire, les rencontres se font plus rares au sein du banc « good vibes ». Certains membres sont décrocheurs. D’autres génèrent des conflits. Le groupe se détériore. Lise réussit à créer son groupe d’appartenance « 8-17 » qui l’accompagne en journée de classe. Elle y a même tricoté des relations avec une jeune fille qui devient sa pote de travail, avec laquelle elle est efficace lors des travaux de groupe. Ce collectif devient pour Lise un repère structurant. Le groupe d’appartenance à l’école agit ici comme un espace de sécurité et de reconnaissance.

Se sentir en sécurité, bien sûr, mais aussi apprendre les uns des autres, comme peuvent le faire les poissons en banc. Ils tirent parti des échecs et des réussites de chacun.

De la même manière, faire partie d’un collectif à l’école, c’est bénéficier d’une dynamique d’appartenance et de positionnement social. Le groupe d’appartenance à l’école devient alors un levier d’apprentissage autant qu’un appui émotionnel.

Du retrait à la réintégration :

restaurer son appartenance à l’école

Soit le cercle de pairs nous suit depuis l’école élémentaire, soit il va falloir s’en créer un ou plusieurs, notamment pour ne pas se retrouver seul en cours de récréation. Dans ces moments de transition, le groupe d’appartenance à l’école peut devenir un repère essentiel. D’abord minimaliste, il va pouvoir s’étoffer au fur et à mesure des années. Il peut être un refuge pour un temps et ne nécessite pas un grand nombre. Trois poissons suffisent pour former un banc, nous disent certains chercheurs.

La cour de récréation est un espace bien connu des élèves où ils peuvent jouir d’une certaine liberté plusieurs fois par jour. C’est aussi un espace bruyant mal vécu par Aurore. Elle reste prostrée dans un coin, serrant son carnet de dessins contre elle malgré les sollicitations de ses copines de classe. L’enfant s’isole donc d’elle-même. La cour de son école est pourtant spacieuse, avec différents lieux pour s’adonner à des jeux variés. Aurore n’y supporte plus les cris des enfants. Nous prenons le temps de les écouter et d’en chercher l’origine : ceux liés à la joie des participants à un jeu, ceux liés aux pleurs après une chute par exemple. Lorsque le groupe d’appartenance à l’école n’est plus investi, l’environnement paraît plus hostile et moins sécurisant.

Elle finit par relativiser et accepter d’investir à nouveau la cour, accompagnée de son groupe d’appartenance qu’elle réintègre peu à peu. Ce retour progressif marque la restauration de son groupe d’appartenance à l’école. Retrouver un groupe d’appartenance à l’école, c’est aussi retrouver une place dans le collectif. Elle me dit : « Je suis redevenue une petite fille comme les autres ».

Ondes sonores

Quand les groupes s’affrontent :

     effet domino dans la cour de récréation

Trois bancs de poissons réalisés à partir d'une imprimante 3D

Et puis il y a aussi le temps de récréation de la pause méridienne.

Evan est un élève de CP. Après le temps de restauration, il joue au football avec son groupe d’appartenance constitué de quatre copains du même âge. Ce groupe d’appartenance à l’école lui offre un cadre rassurant dans l’agitation de la cour.

Un groupe de quatre CE1 joue également un peu plus loin. Mais voilà qu’un d’entre eux se rapproche du groupe de CP et shoote dans leur ballon pour pouvoir s’en servir.

La raison évoquée : le groupe de CM2 a entrepris la même démarche et a pris le ballon des CE1. Réaction en cascade !

Comment réagir ?

Aller en parler aux surveillants avec l’ensemble du groupe (sans succès).

Décider de jouer à un autre jeu (ce à quoi Evan et ses copains ont dû se résoudre).

Après discussion, une autre stratégie émerge : amener son propre ballon avec son prénom dessus (cela va être testé, mais les parents d’Evan resteront vigilants car il est possible qu’il soit intentionnellement envoyé sur le toit par d’autres élèves).

Ces tensions illustrent la dimension parfois conflictuelle du groupe d’appartenance à l’école. Il peut être un espace de solidarité, mais aussi de rivalité et de hiérarchie implicite entre élèves. Les dynamiques collectives révèlent alors des enjeux de pouvoir et de positionnement social.

Le groupe d’appartenance à l’école ne relève pas d’un simple confort social. Il participe à la construction de l’identité, à la sécurité émotionnelle et à la capacité d’apprendre.

Comme les poissons en banc, les élèves avancent rarement seuls : ils s’ajustent, s’observent, se protègent, parfois se dispersent, puis se rassemblent autrement. Comprendre ces mouvements permet d’accompagner les enfants avec plus de finesse dans leurs alliances, leurs retraits et leurs repositionnements au sein du collectif.

À l’école, personne n’évolue vraiment seul : c’est toujours au sein d’un groupe que se tissent les apprentissages visibles et invisibles.

Couverture de la revue L'aquarium à la maison n°142, utilisée pour illustrer les groupes d'appartenance et bancs de poissons
Couverture du livre La cour de récréation, ressources mobilisée pour éclairer la notion de groupes d'appartenance à l'école